LA SEANCE DU MOIS

LE RETOUR DU MONDE

Un film de Jean Breschand

 

Avec les films de Théo Angelopoulos, j’ai toujours eu le sentiment d’avoir des nouvelles du monde. Des nouvelles telles que j’aimerais en recevoir plus souvent. Pas simplement des nouvelles d’un pays lointain, en l’occurrence des confins de l’Europe - ce vaste territoire à travers lequel nous sommes invités à nous penser - ; pas non plus l'annonce que tout va mal – on le sait bien, trop bien, et depuis longtemps, au point de ne pas toujours savoir quoi en faire, sinon de fuir la mélancolie – ; mais des nouvelles de la façon dont, là-bas, dans le chaos des ruines industrielles et de la lutte pour les richesses, dans les décombres de l’Histoire en marche, des gens vivent. Comment ils traversent les épreuves, comment ils avancent les yeux grands ouverts, leur vie plus forte que l’exercice de la mort. Comment ils vont à nos côtés.

 

Il est rare de recevoir une part de l’expérience d’un cinéaste. Et tous les cinéastes ne savent pas la donner. Ces moments là sont précieux. Ils représentent bien plus qu’une leçon de cinéma, ils ne font pas seulement réfléchir, ils font voir sous un jour nouveau, ouvrent à l’imaginaire matériel d’un art, d’une vision où pratique et pensée sont inséparables, réversibles comme les deux côtés d’un même tissu. A ce moment là, vous recevez des mains du cinéaste un secret, exactement comme le curé de campagne de Bresson le formule : « c’est un secret perdu, vous le recueillerez et d’autres le transmettront après vous ». Je serai heureux que ce film, par-delà l’hommage à l’un des grands aèdes de la Grèce contemporaine, soit de ceux qui y pourvoient.

Jean Breschand

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